Les savoirs traditionnels dans l'industries textiles: une voie vers la durabilité et la préservation.

Introduction

L'industrie du textile est en constante évolution, mais il est essentiel de ne pas négliger les richesses des savoirs traditionnels. Ces connaissances ancestrales, transmises de génération en génération, peuvent jouer un rôle crucial dans le développement d'une industrie textile durable et dans la préservation de la diversité culturelle. En alignement avec l'agenda UNESCO 2030, les savoirs traditionnels offrent une perspective prometteuse pour répondre aux défis socio-économiques et environnementaux actuels.

CONSERVATION DES TECHNIQUES ARTISANALES

L'un des défis majeurs des savoirs traditionnels dans l'industrie textile réside dans la conservation des techniques artisanales. Ces savoir-faire uniques, tels que le tissage, la teinture et la broderie, reflètent l'histoire et la culture des communautés. En intégrant ces techniques dans la production textile moderne, nous pouvons préserver des formes d'artisanat précieuses tout en offrant des opportunités économiques aux artisans locaux.
Un exemple concret de l'impact des savoirs traditionnels dans l'industrie textile est la préservation des techniques de tissage artisanal. Dans certaines régions d'Amérique du Sud, les communautés indigènes perpétuent la tradition du tissage à la main en utilisant des métiers à tisser traditionnels. Ces techniques ancestrales permettent de créer des textiles d'une grande beauté et qualité, tout en préservant un patrimoine culturel précieux.

Autre exemple en Arabie Saoudite et au Koweit avec le tissage traditionnel Al Sadu qui est un textile tissé traditionnel fabriqué par les Bédouines : en arabe, le mot « Al Sadu » désigne le tissage effectué dans le sens horizontal. Il s’agit d’un tissage uni à effet chaîne réalisé sur un métier placé à même le sol. L’étoffe ainsi obtenue est un textile serré, solide et durable, et les tisserandes utilisent les fibres naturelles qu’elles trouvent dans leur environnement. Les motifs du tissu bédouin reflètent l’environnement désertique sous une forme simple et pure, en associant des formes géométriques qui se succèdent selon une cadence rythmique et symétrique. Les tisserandes utilisent également des couleurs vives, comme des tons de rouge et d’orange, pour égayer leur cadre de vie. La beauté de chaque objet tissé repose sur la qualité du filage et du tissage, ainsi que sur l’expertise de la tisserande : plus le fil est fin, plus la structure et le motif sont marqués et délicats. Les principales détentrices du tissage Al Sadu sont les maîtresses-tisserandes, des Bédouines plus âgées. Elles jouent un rôle essentiel dans la transmission des savoir-faire à d’autres praticiennes de l’élément, le plus souvent au sein du foyer. Par ailleurs, les associations et les organisations éducatives contribuent à la transmission de ces savoir-faire et de ces connaissances à travers des cours ou des ateliers.

Aujourd’hui, le tissage est un loisir ou une source de revenus pour les détentrices et les praticiennes. Les objets tissés témoignent de l’importance du rôle des femmes dans la société bédouine. De nos jours, le tissage Al Sadu désigne moins l’objet fonctionnel que l’objet vecteur d’une tradition et d’une culture profondément enracinée.

UTILISATION DE MATÉRIAUX DURABLES

Les savoirs traditionnels encouragent également l'utilisation de matériaux durables dans l'industrie textile. Par exemple, au Japon, la technique de teinture traditionnelle appelée "sakizome" ou tissage de grains de riz ou encore appelé petits points, utilise des teintures végétales extraites de plantes locales. Cette méthode respectueuse de l'environnement remplace avantageusement les teintures chimiques nocives, réduisant ainsi l'impact environnemental de la production textile.
Les teintures utilisées pour le Sakizome proviennent souvent de plantes ou d'insectes. Par exemple, le rouge peut être extrait de la garance, une plante qui pousse au Japon. Les motifs créés sur le tissu sont souvent inspirés de la nature environnante, tels que les fleurs, les feuilles ou les paysages. Le processus de teinture du Sakizome peut être très long et complexe. Certaines étapes peuvent prendre plusieurs semaines voire des mois. Les artisans japonais qui maîtrisent cette technique doivent avoir une connaissance approfondie des techniques de teinture et de la façon de manipuler les pigments naturels.
Les motifs délicats et les couleurs subtiles font de ce tissu une véritable œuvre d'art. Le Sakizome est souvent utilisé pour créer des kimonos, des objets de décoration ou des accessoires tels que des écharpes ou des sacs à main.

VALORISATION DE LA DIVERSITÉ CULTURELLE

Les savoirs traditionnels sont profondément enracinés dans la culture et l'identité des communautés. L'intégration de ces savoirs dans l'industrie textile permet de valoriser la diversité culturelle. En préservant et en promouvant les pratiques artisanales spécifiques à chaque région, nous évitons l'uniformisation des produits et favorisons l'expression de l'identité culturelle à travers les textiles.

Un exemple remarquable de valorisation de la diversité culturelle à travers les savoirs traditionnels dans l'industrie textile se trouve en Afrique de l'Ouest. Les techniques de teinture à la cire, connues sous le nom de "batik" ou "adire", sont utilisées par différentes communautés pour créer des motifs distinctifs et représentatifs de leur identité culturelle. Ces textiles uniques racontent l'histoire et les traditions des peuples d'Afrique de l'Ouest, contribuant ainsi à la préservation de leur patrimoine culturel.

PROMOTION DU COMMERCE ÉQUITABLE

L'intégration des savoirs traditionnels dans l'industrie textile favorise également le commerce équitable et le développement durable. En travaillant directement avec les artisans et les communautés locales, il est possible d'assurer des conditions de travail équitables, une rémunération juste et un soutien à la croissance économique locale. Cela renforce la viabilité sociale et économique des communautés tout en préservant leur héritage culturel.

Dans le domaine du commerce équitable, de nombreux exemples mettent en évidence l'intégration des savoirs traditionnels dans l'industrie textile. Par exemple, au Guatemala, les femmes mayas tissent à la main des tissus utilisant des techniques traditionnelles. Ces textiles sont ensuite commercialisés de manière équitable, garantissant une rémunération juste pour les artisanes et soutenant leur autonomisation économique au sein de leurs communautés.

CONTRIBUTIONS AUX OBJECTIFS DE L'AGENDA UNESCO 2030

Les savoirs traditionnels jouent un rôle important dans la réalisation de plusieurs objectifs de l'agenda UNESCO 2030 :

  • Objectif 4 - Éducation de qualité : Un exemple concret de contribution à cet objectif est le programme mis en place au Mali pour enseigner aux jeunes générations les techniques de tissage traditionnel bogolan. Cela assure la transmission des savoirs traditionnels et permet aux jeunes de valoriser leur patrimoine culturel tout en acquérant des compétences utiles.

  • Objectif 5 - Égalité entre les sexes : Dans certaines communautés en Inde, les femmes sont les gardiennes des savoirs traditionnels liés à la teinture indigo. En soutenant leur accès aux marchés et en promouvant leur rôle dans la chaîne de production, on favorise l'autonomisation économique des femmes et la promotion de l'égalité des sexes.

  • Objectif 8 - Travail décent et croissance économique : Les coopératives de production textile en Amérique latine, telles que les coopératives de tissage andin en Bolivie, fournissent des emplois décents et des revenus stables aux artisans locaux. Cela contribue à la croissance économique durable des communautés tout en préservant leurs savoirs traditionnels.

  • Objectif 12 - Consommation et production responsables : L'utilisation des savoirs traditionnels dans l'industrie textile peut encourager des pratiques de production responsables. Par exemple, des marques de vêtements durables intègrent des techniques de recyclage et de réutilisation inspirées des savoirs traditionnels pour créer des pièces uniques et réduire ainsi les déchets textiles.

Les savoirs traditionnels offrent des opportunités précieuses pour l'industrie textile. En préservant les techniques artisanales, en promouvant l'utilisation de matériaux durables, en valorisant la diversité culturelle et en favorisant le commerce équitable, ils contribuent à une industrie plus durable sur les plans socio-économique et environnemental. En répondant à l'agenda UNESCO 2030, les savoirs traditionnels jouent un rôle essentiel dans la réalisation d'objectifs tels que l'éducation de qualité, l'égalité entre les sexes, le travail décent, la croissance économique et la consommation responsable. Les exemples concrets de l'intégration des savoirs traditionnels dans l'industrie textile démontrent leur impact positif et leur potentiel pour façonner un avenir durable et préservant la richesse culturelle de notre monde.

Cependant, il est important d'aborder le délicat sujet de l'appropriation culturelle. Alors que les savoirs traditionnels peuvent être une source d'inspiration pour l'industrie textile moderne, il est crucial de respecter et de reconnaître les origines culturelles de ces pratiques.

Des solutions existent : des collaborations respectueuses avec les communautés détentrices de ces savoirs, le partage équitable des revenus générés par l'utilisation de ces techniques et la sensibilisation des consommateurs à l'histoire et à la signification culturelle des produits peuvent contribuer à éviter l'appropriation culturelle tout en célébrant la diversité.

L’intégration des savoirs traditionnels dans l'industrie textile crée une synergie entre le passé et le présent, favorisant une production plus respectueuse de l'environnement et une plus grande valorisation des communautés locales. En embrassant ces savoirs, l'industrie textile peut devenir un catalyseur de changement positif, respectant à la fois le patrimoine culturel mondial et les aspirations pour un avenir durable.


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